Le mot portulan revient dès que l'on évoque la cartographie maritime ancienne ou que l'on parle de carte marine, portulan, sans que son sens soit toujours clair. S'agit-il d'un livre, d'une carte, d'un objet de collection ? La réponse tient à l'histoire de la navigation méditerranéenne et à l'arrivée de la boussole à bord des navires.
Cet article explique ce qu'est un portulan, comment le reconnaître, ce qu'il apportait réellement aux marins et ce qui le distingue d'une carte nautique contemporaine. Il donne aussi des repères concrets pour choisir un ouvrage, un atlas maritime ancien ou une reproduction de portulan.
Carte marine, portulan : définition, histoire et usages en navigation
- Qu'est-ce qu'un portulan et à quoi servait-il ?
- Comment reconnaître un portulan ?
- Quand les premiers portulans sont-ils apparus ?
- Comment fabriquait-on et utilisait-on une carte marine médiévale ?
- Portulan et carte marine moderne, quelles différences ?
- Peut-on encore naviguer avec un portulan ?
- Où trouver des livres et des reproductions de portulans ?
- Comment distinguer un fac-similé d'une reproduction décorative ?
- Questions fréquentes sur le portulan
- Aller plus loin avec les cartes marines
Qu'est-ce qu'un portulan et à quoi servait-il ?
Définition d'un portulan
Un portulan est une carte marine ancienne, tracée en projection plane, qui décrit avec précision les ports, les caps, les îles et le trait de côte. L'Académie française situe son usage principal entre le XIIIe et le XVe siècle, même si les travaux historiques prolongent la production de ces documents jusqu'aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Le terme vient de l'italien portolano, qui désignait d'abord un recueil d'instructions nautiques, autrement dit un livre décrivant les mouillages, les dangers et les routes côtières. Le portulan cartographié est donc, à l'origine, la mise en image d'un savoir transmis par les pilotes sous forme textuelle ou orale.
Sa fonction était concrète. Il permettait de suivre un littoral, de localiser un port d'escale, d'identifier un cap ou une île et d'estimer une distance entre deux points. Il ne s'agissait pas d'une représentation symbolique du monde, comme certaines mappemondes médiévales, mais d'un outil de navigation côtière orienté vers l'usage. Cette dimension pratique explique pourquoi la carte-portulan privilégie l'espace maritime et laisse souvent l'intérieur des terres très peu renseigné.
Comment reconnaître un portulan ?
Le signe le plus immédiat est le réseau de lignes qui recouvre la feuille. Ces lignes de rhumbs, ou lignes de vents, partent de centres organisés selon les directions de la rose des vents et se croisent sur toute la surface. La Library of Congress souligne que ce maillage directionnel constitue le marqueur visuel le plus sûr d'une carte-portulan. Il servait à reporter un cap relevé à la boussole et à tracer une route, dans une logique de navigation à l'estime.

Un deuxième indice tient à la toponymie côtière. Les noms de ports sont inscrits perpendiculairement au trait de côte, du côté des terres, afin que le marin puisse les lire en faisant tourner la carte. La taille ou la couleur de l'inscription signale parfois l'importance du port. Un troisième indice réside dans la présence d'une échelle de distance, souvent figurée par une barre graduée, qui rappelle que ces documents reposaient sur des mesures et non sur une simple évocation géographique.
Enfin, de nombreux portulans comportent des rehauts de couleur, une calligraphie cartographique soignée et une iconographie maritime faite de navires, de pavillons ou de souverains. Le Service historique de la Défense rappelle que certains exemplaires étaient des cartes d'apparat, destinées à des commanditaires ou à des collectionneurs, et non à un usage quotidien à bord. Un même genre cartographique recouvre donc des objets très différents dans leur destination.
Quand les premiers portulans sont-ils apparus ?
Les premières cartes marines de ce type apparaissent à la fin du XIIIe siècle, dans le sillage du commerce méditerranéen et de la diffusion de la boussole. La Carta Pisana, généralement datée de cette période, est citée parmi les plus anciens témoins conservés. Les cités maritimes méditerranéennes jouent un rôle central dans cette production, avec Gênes, Venise et l'école cartographique de Majorque, puis, à partir du XVe siècle, Lisbonne, Séville, Dieppe, Le Havre, Londres et Amsterdam.
À l'origine, ces documents sont des cartes régionales. Ils couvrent la portion de littoral réellement fréquentée par un navire, et non l'ensemble du monde connu. L'élargissement progressif aux côtes atlantiques, puis aux territoires des grandes découvertes, transforme peu à peu le portulan en document géographique et politique autant qu'en instrument de navigation. La Bibliothèque nationale de France conserve et donne à voir plusieurs de ces pièces, qui constituent aujourd'hui un pan majeur du patrimoine cartographique européen.
Bon à savoir
Le mot portulan désigne tantôt le livre d'instructions nautiques, tantôt la carte elle-même. Pour lever l'ambiguïté, les historiens emploient volontiers les termes carte-portulan ou carte à rhumbs lorsqu'ils parlent du document cartographié.
Comment fabriquait-on et utilisait-on une carte marine médiévale ?
La construction d'un portulan repose sur l'accumulation d'informations de navigation. Les cartographes compilaient des directions relevées à la boussole, des distances estimées en journées de route ou en milles, des descriptions de mouillages et des renseignements échangés entre pilotes. Le support est le plus souvent un parchemin, dont la forme irrégulière se devine parfois sur les exemplaires conservés. Le résultat est une carte qui établit une relation relativement cohérente entre angles, distances et contours du littoral, ce qui constituait un progrès net par rapport aux représentations antérieures.
À bord, l'usage restait limité par les moyens de l'époque. Le marin suivait un cap, reconnaissait un amer, ajustait sa route et recalait sa position en fonction de ce qu'il voyait. Le portulan complétait l'expérience du pilote, il ne la remplaçait pas. Cette logique, où le document sert de support à une décision humaine, se retrouve encore aujourd'hui dans la préparation d'une navigation côtière, même avec des cartes officielles à jour.
Portulan et carte marine moderne, quelles différences ?
Principales différences entre portulan et carte marine moderne
La confusion la plus fréquente consiste à placer sur le même plan une carte historique et une carte nautique contemporaine. Les deux relèvent de la famille des cartes marines, mais leurs finalités divergent complètement. Le tableau ci-dessous résume les principaux écarts.

| Critère | Portulan | Carte marine moderne |
|---|---|---|
| Période | XIIIe au XVIIIe siècle selon les définitions | Édition courante, révisée en continu |
| Support | Parchemin, papier, fac-similé | Papier officiel ou carte électronique ENC |
| Fonction | Navigation côtière, reconnaissance des ports | Sécurité de la navigation, planification de route |
| Profondeurs | Absentes ou très fragmentaires | Sondes, isobathes, nature des fonds |
| Repères directionnels | Lignes de rhumbs et rose des vents | Quadrillage géodésique, méridiens et parallèles |
| Mise à jour | Aucune, document figé | Corrections régulières et nouvelles éditions |
| Usage actuel | Étude, collection, documentation | Plaisance, pêche, formation, marine marchande |
La carte marine officielle actuelle relève d'une chaîne hydrographique structurée. En France, le Shom en assure la production, sous forme papier et numérique, avec les ouvrages nautiques associés comme les instructions nautiques et les livres des feux. Cet organisme est l'héritier du Dépôt des cartes et plans de la Marine, créé en 1720 et présenté comme le premier service hydrographique officiel au monde. C'est cette filiation institutionnelle qui garantit aujourd'hui la fiabilité d'une carte régionale ou d'une carte de détail. Dans le catalogue de cartes marines officielles, une référence comme la carte Shom 5417 de l'océan Atlantique Nord et des mers boréales illustre cette logique de couverture, avec une échelle adaptée à la planification d'une traversée.
Peut-on encore naviguer avec un portulan ?
Limites d'un portulan pour la navigation actuelle
La réponse est non, et la question mérite d'être posée clairement. Un portulan ne comporte ni sondes fiables, ni balisage actuel, ni zones réglementées, ni corrections. Les traits de côte ont bougé, les ports ont été reconstruits, les dangers ont été relevés avec des moyens bathymétriques sans commune mesure. Un document ancien, aussi précis soit-il pour son époque, relève de l'histoire de la navigation et non de la sécurité en mer.
Pour naviguer, il faut une carte marine en cours d'édition, complétée par les instructions nautiques officielles correspondantes. Le couple papier et numérique reste la meilleure réponse pratique, le papier assurant une redondance en cas de panne électrique et le numérique apportant la mise à jour et le confort de planification. C'est la logique appliquée dans les conseils de navigation, qu'il s'agisse d'une croisière en Bretagne, d'un transit vers la Corse ou d'une traversée atlantique.
À retenir
Un portulan se lit, s'étudie et se collectionne. Il ne se substitue jamais à une carte marine officielle à jour, seule valable pour préparer et conduire une navigation réelle.
Où trouver des livres et des reproductions de portulans ?
Trois familles d'ouvrages couvrent ce sujet. Les livres d'histoire des cartes marines retracent les techniques, les ateliers et les grandes découvertes. Les atlas et beaux livres reproduisent des pièces conservées dans les institutions, avec des notices qui expliquent la toponymie, l'iconographie et le contexte de commande. Les guides et atlas maritimes, enfin, replacent ces documents dans une continuité technique qui mène jusqu'à l'hydrographie moderne et aux normes actuelles.
Avant d'acheter un ouvrage consacré à la cartographie maritime ancienne, quelques points méritent une vérification rapide.
- La période et la zone géographique couvertes, pour éviter un livre trop généraliste si vous cherchez une aire précise.
- Le nombre de cartes reproduites, la qualité des légendes et la présence d'un index des lieux et des cartographes.
- L'institution de conservation citée pour chaque pièce, gage de sérieux documentaire.
Les ouvrages de patrimoine maritime permettent aussi de prolonger la lecture d'un portulan par une vision plus large de l'histoire navale.
Comment distinguer un fac-similé d'une reproduction décorative ?
Le fac-similé vise la fidélité au document d'origine, en format, en couleurs et en détails, avec une notice historique indiquant la carte reproduite, son auteur, sa date et le lieu de conservation. La reproduction décorative, elle, propose une image inspirée d'un portulan médiéval, parfois recomposée, sans prétention documentaire. Aucune des deux n'est un original, et un vendeur sérieux le précise toujours.

Trois éléments permettent de trancher rapidement. La présence d'une référence précise à la carte source, l'indication du procédé d'impression et du type de papier, et la mention explicite du statut du document. En l'absence de ces informations, considérez qu'il s'agit d'une reproduction d'ambiance. Un exemple de ce niveau de précision documentaire se retrouve dans un fac-similé de carte marine ancienne, pour lequel la carte source, l'institution et le format sont clairement identifiés.
FAQ
Quelle est l'origine du mot portulan ?
Le terme dérive de l'italien portolano, qui désignait un recueil écrit décrivant les ports, les mouillages et les routes côtières. L'usage a ensuite glissé vers la carte elle-même, d'où l'ambiguïté actuelle entre le livre et le document cartographié.
Tous les portulans représentent-ils la Méditerranée ?
Non. Les plus anciens couvrent surtout le bassin méditerranéen et ses abords, mais la production s'est étendue aux côtes atlantiques, aux archipels et aux territoires reconnus lors des grandes découvertes, avec des ateliers installés jusqu'en Europe du Nord.
Une carte-portulan est-elle toujours manuscrite ?
Les exemplaires anciens sont majoritairement manuscrits sur parchemin, mais des versions imprimées circulent à partir de l'époque moderne. Ce qui définit le genre reste la combinaison du réseau de rhumbs, du soin apporté au littoral et de la densité des toponymes côtiers.
Quelle différence entre un portulan et une mappemonde médiévale ?
La mappemonde médiévale organise souvent l'espace selon une logique religieuse ou symbolique. Le portulan, lui, répond à un besoin de navigation et cherche une cohérence entre directions, distances et contours de côte.
Quels documents emporter aujourd'hui pour une navigation côtière ?
Une carte marine officielle de la zone à l'échelle adaptée, un almanach ou un bloc côtier en cours d'année, les ouvrages de feux et de marées correspondants, et une solution numérique à jour en complément du papier.
Aller plus loin avec les cartes marines
Le portulan occupe une place singulière dans l'histoire de la cartographie. Il marque le passage d'une représentation symbolique du monde à une carte mesurée, construite à partir de relevés, de caps et de distances, au service d'une navigation réelle. Le comprendre, c'est mieux saisir ce que contient aujourd'hui une carte marine et pourquoi la mise à jour y est devenue un enjeu central.
Pour étudier ces documents, orientez-vous vers des ouvrages documentés et des fac-similés identifiés. Pour naviguer, restez sur des cartes officielles en cours d'édition et sur les publications nautiques associées, c'est le seul choix cohérent en matière de sécurité.